A Clichy-sous-Bois, la "guerre à la police" pour se venger et se distraire
By a711 on Thursday, November 3 2005, 19:43 - Jungle urbaine - Permalink
A Clichy-sous-Bois, six hommes de 18 à 23 ans se préparaient mercredi à une nouvelle soirée de "guerre avec la police": une façon de "venger" la mort de deux mineurs mais aussi de se distraire dans une "cité pourrie" et de défier "l'Etat qui ne veut pas d'eux".
"On a trouvé notre divertissement: jouer avec les CRS le soir". Coiffé d'une casquette marquée des initiales de New York, un Clichois de 22 ans arpente l'allée Anatole-France, flanquée d'immeubles HLM en mauvais état, devant lesquels gisent six voitures incendiées.
"Tant que les policiers viendront le soir nous provoquer, on sortira les cocktails Molotov, les pierres, les boules de pétanque, les parpaings", ajoute-t-il sous le couvert de l'anonymat.
Sur le trottoir, ils sont une demi-douzaine à faire le procès du ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy et des "condés".
"Avant, les policiers ne pouvaient pas rentrer dans le quartier de la Forestière. Maintenant, ils t'attrapent, ils t'emmènent, ils t'insultent par rapport à tes origines, ils ont le droit de tout faire", dit l'un. Un autre raconte que "mardi soir, les policiers sont venus vers 19H00 et ont dit: +rentrez chez vous, c'est le couvre-feu. C'était l'heure de couper le ramadan : encore une provocation".
A Clichy, la première des émeutes a débuté peu après l'électrocution jeudi de deux adolescents dans un transformateur EDF où ils s'étaient réfugiés se croyant poursuivis par la police, ce que les autorités démentent. "C'est à cause des policiers qu'ils sont morts, des petits ne courent pas tout seuls comme ça", dit Fati, 23 ans, qui attend "au minimum des excuses".
Le "deuxième déclic" a été, selon lui, "le tir de grenades lacrymogènes sur la mosquée. Ils ont gazé nos parents, nos grands-parents. Ils ont dû se dire: +y'a trop de monde là-dedans+".
Tous admettent que les nuits d'affrontements sont aussi un genre de "distraction". "La journée, on dort, on va voir les copines, on joue à la Play... Et le soir, on kiffe: à 21H00, on va faire la guerre à la police. On est dans Matrix", résume l'un deux, qui aime voir "les CRS en panique, cachés derrière leur bouclier".
"Le lendemain, on se demande: +tu t'es fait courser?+ +Tu t'es caché où?+", racontent-ils.
-"on n'est rien"-
L'un dit travailler comme bagagiste à Roissy, un autre à la RATP. Les quatre autres sont "dans la rue" et évoquent sans détour le trafic de cannabis dont "on vit bien, ça va".
Originaires du Sénégal et du Maroc, leurs parents n'ont "plus de travail". Ils revendiquent d'habiter "la ville la plus pourrie, la plus pauvre du 93", une cité où "il n'y a pas de gare, pas de piscine, pas de cinéma, rien d'intéressant".
Débouchant sur un collège récemment construit, l'allée aligne les HLM sordides, une école maternelle, un hôtel à petit prix, une entreprise de restauration scolaire, une supérette et un snack-bar.
Ce soir, Karim, 18 ans, ira affronter les "chtars" (policiers): "Je vais me venger pour toutes les gardes à vue subies pour rien", dit ce garçon aux cinq frères et soeurs, dont le père, qui nettoyait les trains, est au chômage.
"Les fois où j'avais volé un autoradio, ils ne m'ont pas chopé, dit-il. Mais d'autres fois, ils m'ont accusé de rébellion, d'outrage, pour rien", dit le garçon portant blouson rouge et casquette assortie, qui assure: "On est contre l'Etat parce que l'Etat ne veut pas de nous. On n'est rien dans ce monde-là". lbx/Mdf/DS